Menu
S'identifier

Regards croisés sur la Tunisie

Le premier vit à Tunis, le second s’y réinstalle et le troisième reste à Paris. Trois avocats tunisiens commentent la révolution de Jasmin.

« En 1998 j’ai représenté Amnesty lors d’un procès politique en Tunisie, à titre d’observateur international, raconte Daniel Soulez-Larivière. Je me souviens du courage et de la grande liberté d’esprit des avocats tunisiens. Je me suis senti proche d’eux ». L’Ordre des avocats tunisiens est en effet la seule corporation à ne pas avoir subi d’infiltration du pouvoir en place. Une exception qui lui a permis de cultiver, tout au long du règne du président Ben Ali, une véritable indépendance vis-à-vis du pouvoir en place. Pas étonnant qu’on les ait retrouvés en première ligne dès le 6 janvier et que leur soutien aux manifestants de Sidi Bouazi ait été décisif.

Une robe noire plutôt que Facebook

« Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont fait la révolution de Jasmin », confirme Gilles Fontaine, rédacteur en chef du magazine Challenges, qui rappelle que les études les plus optimistes parlent d’un taux d’équipement informatique de 30 % de la population tunisienne. « L’engagement en faveur des libertés publiques est une constante du barreau, note Sami Houerbi, avocat d’affaires à Tunis. Il va de paire avec une position d’expert du droit, plus technique et parfois plus neutre  ». Lorsque le pouvoir vacille pour finalement s’effondrer, ce sont donc bien eux que le nouveau gouvernement consulte pour réfléchir à une nouvelle Constitution (faut-il amender ou supprimer le système présidentialiste ?) ou, tout simplement, pour organiser un calendrier d’élections pertinent. Pour l’instant, ces dernières sont fixées à juin mais, au train où vont les choses, tout peut encore changer… « Au début, on était tout simplement heureux de pouvoir enfin vivre dans un pays où l’on n’a plus besoin de passe-droit pour s’en sortir, où ce n’est plus la peine de payer un juge pour assurer le respect de ses roits, même lorsque l’on est innocent… Et puis aujourd’hui, le sentiment est plus mitigé », poursuit Sami Houerbi. Car actuellement, révolution rime aussi avec incertitude et paralysie du monde des affaires.

Retour de la diaspora économique

Pour autant, l’optimisme est toujours de rigueur. De retour à Tunis après plusieurs d’années d’activité de contentieux à Paris, Bohran Boureghda fait partie de cette diaspora économique qui voit dans la révolution de Jasmin le signal du retour au pays. « Mais il va falloir réviser les codes et l’exercice de la profession d’avocat d’affaires, explique-t-il. C’est une priorité ». Sami Houerbi confirme : « A nous de rassurer les investisseurs étrangers et de mettre en place un système beaucoup plus transparent, loin des prévarications et du système maffieux qui caractérisaient la Tunisie de Ben Ali ».

Génération sacrifiée

Pour cela, le gouvernement pourra difficilement faire l’économie d’une réorganisation ambitieuse de sa fonction publique. « Il faut recruter des serviteurs de l’Etat en phase avec cette nouvelle ère », explique Yassine Ajabi, un autre avocat tunisien installé en France depuis 2004. Lui ne reviendra pas au pays même si celui-ci est dorénavant plus accueillant. Il fait partie de cette génération d’avocats qui a vu ses rêves se briser contre la Tunisie d’avant la révolution. Révolution qu’il juge « magnifique, essentielle, et totalement inattendue ». En 1998, Yassine Ajabi faisait partie des avocats que Daniel Soulez Larivière a rencontrés. Il défendait alors un syndicat étudiant. C’était sa première grande plaidoirie et celle-ci n’a vraiment pas plu. Le brillant jeune diplômé de l’Université de Nanterre s’est retrouvé « affamé » par l’appareil d’Etat. On le surveillait, dissuadait ses éventuels clients et exerçait une pression sur son réseau professionnel afin de réduire ses possibilités d’activité. « Impossible alors, dit-il, de collaborer avec les sociétés nationales qui travaillent exclusivement avec une liste blanche d’avocats labellisés par le pouvoir ». Longtemps, il est pris dans l’errance sociologique que connaissent beaucoup de jeunes diplômés nordafricains. « J’ai demandé un renouvellement de mon passeport en 1999. Je l’ai finalement obtenu cinq ans plus tard… Aujourd’hui, ma vie est à Paris », conclutil tristement.

Selon les derniers chiffres du CNB, il y avait, en janvier 2010, 435 avocats nordafricains exerçant en France, sur un total de 1562 avocats étrangers. Presqu’un sur trois.

Découvrez LJA L' Annuaire

  • Se référencer dans l'Annuaire papier + web

    Offrez-vous une vitrine inédite et optimisez votre visibilité !

    Rejoignez la communauté LJA L'Annuaire !

    Se référencer
  • Abonnez-vous au flux RSS

    Pour ne rien manquer, recevez en temps réel, et gratuitement, les dernières actualités des cabinets référencés dans LJA L'Annuaire

    Découvrir
  • La Lettre des Juristes d'Affaires

    Chaque semaine, la Lettre fait un point complet des tendances du marché, suit avec précision les évolutions professionnelles des avocats et des juristes d’entreprise, décrit sans compromis les interventions ...

    Découvrir
Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format