Menu
S'identifier

PROFESSION : Lawyer - SEXE : Féminin

La scène se passe dans la salle de réunion d’un grand cabinet anglo-saxon. Le staff d’une grande entreprise française s’y trouve. En attendant l’arrivée de l’associé du cabinet spécialiste du M&A, il discute de sujets hautement stratégiques. Une jeune femme entre. “Mademoiselle, seriez-vous assez gentille pour nous préparer du café ?” Ladite jeune femme s’exécute, revient un moment plus tard les bras chargés du plateau demandé, le pose sur la table puis, avec un grand sourire, “permettez moi de me présenter, madame X, responsable de l’équipe des fusions-acquisitions”. Les clients ne seront pas quitte du fard que leur fera piquer la scène. L’histoire raconte que le quart d’heure de préparation du café a été “billé” au tarif associé en vigueur dans le cabinet !

C’est un fait, la profession se féminise. Les juristes du sexe faible représenteraient aujourd’hui plus de la moitié de la profession. Les mauvais augures disent même qu’à l’instar de la magistrature, ce serait là un facteur de paupérisation du barreau…

“Cette féminisation procède d’un certain mépris pour notre profession”, explique Philippe GINESTIE ; “un garçon doué, on l’envoie faire HEC, une fille douée, on lui dit de faire son droit. Résultat : les femmes sont de plus en plus nombreuses dans le juridique. En contrepartie, on trouve aujourd’hui parmi les jeunes avocates les éléments les plus brillants de notre génération.” Et Philippe Ginestié de joindre, si l’on peut dire, le geste à la parole : son cabinet compte 11 femmes sur 21 juristes. Pour nombreuses qu’elles soient, nos avocates n’ont pas la vie facile. Malgré tout, depuis quelques années, elles ont rejoint les rangs des associés dans les grands cabinets d’affaires, sauf un, le cabinet Gide qui se distingue par cette “originalité” et dont les patrons ne font pas mystère que sur ce point, leur politique ne changera pas.

UNE COMPÉTENCE TECHNIQUE AUJOURD’HUI RECONNUE

Il y a peu, une femme qui se lançait dans la profession d’avocat se spécialisait dans le droit de la famille ou dans le contentieux : lorsqu’il s’agit d’enjeux familliaux, une femme rassure. Mais pour les gros deals d’affaires, on préfère encore un homme. “Et ce, que le client soit lui-même un homme ou une femme”, constate Monique PELLETIER, associée du cabinet Mandel Ngo & Associés, ci-devant ministre de la Condition féminine. D’après elle, le rôle de conseil n’est pas encore pleinement reconnu aux femmes. Et bien qu’elles aient forcé l’admiration devant les prétoires, “il n’y a pas encore de Prat femme”, résume avec un solide sens de la formule l’ancien ministre.

Selon Anne BOILEAU, 40 ans, premier juriste étranger associé du cabinet américain Jones Day Reavis & Pogue à Paris, en 1986, alors qu’elle rentrait de congé de maternité : “la négociation revient souvent aux hommes, le travail de scribe, aux femmes”. Constatons-le, la compétence de l’avocat en jupons n’est vraiment reconnue que lorsqu’elle porte la robe !

Marie-Odile LARDIN, 49 ans, associée du cabinet Vaisse Lardin, affirme : “Les femmes atteignent rarement le niveau de notoriété des hommes dans le rôle de conseil car elles se voient plutôt assigner des travaux de procédure et de plaidoirie”.

Les femmes ont-elles vraiment une manière différente de traiter un dossier ? “Aujourd’hui, sur un plan strictement académique, les femmes sont plus brillantes”, constate Christine LAGARDE, 36 ans, associée à Paris du cabinet Baker & McKenzie ; “face à un dossier, elles ont plus de qualités d’organisation et de rigueur que n’en ont parfois les hommes, voient les choses avec plus de sens critique, leur donnant ainsi leur juste proportion”. Les observateurs reconnaissent que les femmes s’investissent plus dans les dossiers qui leur sont confiés. On reconnaît à la nature féminine de ne pas perdre de vue le but à atteindre, d’être concrète, tenace et pragmatique. Selon Marie Odile Lardin : “les hommes apportent le “plus” du génie, les femmes celui de l’analyse méticuleuse”. “Les collaboratrices ont la réputation d’être plus sérieuses que les collaborateurs. La hiérarchie ne les impressionne pas, elles vont directement au fond du dossier”, souligne Frédérique DUPUIS TOUBOL, 33 ans, associée du cabinet Moquet Borde. Et les femmes lawyers de faire l’article. Christine Lagarde : “une femme peut apporter une touche d’humour et d’ironie, ce qui permet de dépassionner le débat”. Janine BARIANI, 44 ans, associée du cabinet Thomas & Associés : “les femmes savent éviter la confrontation, elles trouvent un consensus”. “Avoir une femme en face de soi est un handicap pour un homme qui se doit par tradition de rester courtois et galant même dans une négociation,” souligne, amusée, une associée. Reste qu’hélas galanterie ne rime pas toujours avec bons usages, peu d’hommes d’affaires donnent naturellement du “maître” à leur avocat du sexe faible.

Autant de qualités unanimement reconnues, le revers de la médaille ne l’est pas moins : généralement on déplore chez les avocates une certaine difficulté à générer de la clientèle. Mais dans le quotidien, pas d’état d’âme : “dans une réunion, je suis un avocat parmi d’autres, explique Jodie COHEN TANUGI, américaine de 35 ans, associée du cabinet Salès Vincent Georges, j’ignore volontairement les différences et je n’essaie pas d’être ce que je ne suis pas. C’est plus efficace”. Quant à la soi-disante sensiblerie des dames, Frédérique Dupuis Toubol lui fait un sort, “les femmes sont moins susceptibles et elles vivent mieux les situations difficiles”. D’ailleurs, les mentalités des cabinets et des clients ont beaucoup évolué. Subsiste encore le problème des japonais, mais de l’avis de toutes, après un temps d’adaptation, eux aussi s’y font et voient plutôt là une coutume locale !

Féministes nos avocates ?

Ne pas jouer sur son charme est la première des règles qu’elles s’imposent. “On ne l’accepterait pas des hommes”, reconnaissent-elles. Quant à la critique faite aux lawyers américaines, qui leur reproche de singer les hommes, elle n’est plus aussi vraie qu’il y a dix ans mais on leur sait gré d’avoir ouvert la voie.

Tristement vêtues, masculines, sombres, agressives, ces laywers en jupe, mais sans accroche-cœur, n’ont pas traversé l’Atlantique. Et pourtant, victimes d’un paradoxe propre à notre époque, “les femmes sont plus jugées que les hommes sur leur apparence vestimentaire”, constate Frédérique Dupuis Toubol. S’en plaindra-t-on ? Pas les clients, semble-t-il, qui veulent certes que leur affaire soit réglée, mais qui ne voient pas d’un mauvais œil qu’elle le soit en compagnie agréable… honni soit qui mal y pense !

MATERNITÉ : CHALLENGE ET CHOIX

Si le charme féminin s’allie au mieux à la compétence, il n’en va pas de même entre les contingences qu’imposent une vie privée de femme et celles qu’imposent un cabinet.

Béatrice WEISS GOUT, 38 ans, a choisi : elle restera pour l’heure collaboratrice du cabinet Danet & Associés : “j’ai un jour pris conscience que je ne voulais pas payer le prix fort pour devenir associée dans un grand cabinet, c’était une question de priorités. Je pense que la réussite des femmes peut être complète mais elle est souvent décalée dans le temps”. Toutes connaissent le dilemne. Celles qui ont fait le choix de la carrière vivent perpétuellement dans le doute sinon dans la culpabilité. Martine BARBERON, 40 ans, associée du cabinet Martinet Bataillon, “une femme qui devient associée doit faire abstraction de ses difficultés personnelles : il faut tout assumer et je n’ai jamais voulu que mes associés tiennent compte du fait que je suis une femme”. Mais le dilemne subsiste : “je me pose souvent la question pour mes enfants, mon mari. Je me suis installée avant de me marier et d’avoir mes enfants, sinon il n’est pas évident que mon choix aurait été le même. Les femmes comme moi ont, je pense, réussi un challenge même si parfois, elles veulent tout arrêter”. Idem pour Christine Lagarde qui travaille tous les jours de 6 à 22 heures mais jamais les mercredi après-midi et les week-ends qu’elle consacre à ses deux enfants. Frédérique Dupuis Toubol, mère de trois enfants, caresse aussi le projet de se libérer un mercredi après-midi par mois…

La maternité est un challenge : une femme avocat doit avoir une santé et une volonté de fer. Elle travaille jusqu’au dernier moment pour reprendre juste après la naissance de l’enfant. “C’est une question de professionnalisme, en la matière, les femmes avocats d’affaires ne peuvent pas toujours se permettre de penser en termes de leur droit” explique Jodie Cohen Tanugi. Il est encore vrai que le congé de maternité, s’il est accepté, n’est pas compris et est encore ressenti par les hommes comme une période de vacances accordée en sus aux femmes. “Les femmes mettent un point d’honneur à vivre leur maternité sans que leur travail en souffre, c’est une question de fierté et de cohérence nécessaire avec les revendications de responsabilités : pas de traitement de faveur donc pas de reproche possible”, constate Béatrice Weiss Gout. Pas de traitement de faveur et pour cause : “quand on joue la carte professionnelle, on ne peut s’autoriser la moindre faiblesse, alors les femmes gomment leurs problèmes”, dit Anne Boileau.

Il est vrai, le fax personnel aujourd’hui facilite bien des choses. S’arrêter est parfois difficile, souvent impossible, rarement souhaité : Janine Bariani se souvient des dossiers qu’elle suivait depuis la maternité et des va-et-vient de sa secrétaire…

Un dilemne insoluble : à la naissance de leurs enfants, rares sont les femmes qui ne se sont pas posées la question du choix. Et “si le choix n’est pas réellement consenti et réfléchi, la femme le vivra mal, elle sera éternellement frustrée”, souligne Anne Boileau. “Je crois que les femmes qui se sentent lésées ont voulu jouer sur les deux tableaux : être traitée en égale mais que l’on prenne en compte leur spécificité”, dit Ketty REYNALD BRILLATZ, 58 ans, associée du cabinet Du Granrut. Quant à elle, son mariage avec un avoué l’a obligé à s’arrêter de travailler quelques années : il était jugé incompatible qu’un avoué se marie avec une femme avocat ! Elle en a profité pour élever ses enfants.

Une constatation : les épouses d’avocats ont moins de difficultés d’organisation. Frédérique Dupuis Toubol, Anne Boileau et Jodie Cohen Tanugi sont d’accord sur ce point : leurs avocats de maris savent ce qu’implique l’association dans un cabinet. Quitte à prendre parfois en charge certaines tâches domestiques, voire annuler un rendez-vous pour inscrire le petit dernier à l’école.

Madame le ferait, aucun commentaire ne lui serait épargné, mais lui, quel bon père !

Quant aux finances, il faut qu’elles soient suffisamment substantielles pour permettre une organisation stricte, sans mauvaise surprise. Une employée de maison à temps plein, des solutions de remplacements, mais aussi une maison suffisamment près du cabinet qui permette de faire des sauts de puce au cas où… “Ne pas dépendre de contraintes extérieures pour les enfants”, dit Christine Lagarde. Là aussi, il faut gérer les contraintes professionnelles et celles de la vie maternelle.

Les collaboratrices n’ont, quant à elles, pas toujours ces facilités. Mais peut-être qu’avec le développement du salariat des avocats, les choses vont-elles changer. Les contrats de collaboration prévoient des congés de maternité et le service social du Barreau des indemnités.

Le temps partiel ? N’y pensons pas, aucune des impétrantes n’oseraient y prétendre. Même s’il existe dans certains cabinets, comme Jones Day, il est difficilement gérable et les carrières sont sacrifiées. La pyramide des âges le prouve : passer six ou sept années d’expérience, on trouve nettement moins de femmes dans les cabinets. Trop de contraintes.

Si les femmes sont aujourd’hui recrutées et rémunérées de la même manière que leurs confrères hommes, une spécialisation pointue est encore le meilleur moyen de se rendre incontournable.

Un dernier constat : aujourd’hui, les associées doivent rester vigilantes pour essayer de maintenir un équilibre hommes-femmes dans leurs équipes. Attention à la discrimination à rebours !

Découvrez LJA L' Annuaire

  • Se référencer dans l'Annuaire papier + web

    Offrez-vous une vitrine inédite et optimisez votre visibilité !

    Rejoignez la communauté LJA L'Annuaire !

    Se référencer
  • Abonnez-vous au flux RSS

    Pour ne rien manquer, recevez en temps réel, et gratuitement, les dernières actualités des cabinets référencés dans LJA L'Annuaire

    Découvrir
  • La Lettre des Juristes d'Affaires

    Chaque semaine, la Lettre fait un point complet des tendances du marché, suit avec précision les évolutions professionnelles des avocats et des juristes d’entreprise, décrit sans compromis les interventions ...

    Découvrir
Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format