Menu
S'identifier

Les États-Unis sont-ils toujours les alliés de la France ?

Des fossés de Verdun à la plage d’Omaha, les États-Unis ont toujours été présents chaque fois que la France était gravement menacée. Il fut même un temps où le simple fait de prononcer le nom des États-Unis réveillait chez les autorités diplomatiques françaises un sentiment de gratitude même si quelque peu teinté par une approche ambivalente, un assortiment d’envie et de reconnaissance. Il est vrai, les relations amicales de la France avec les États-Unis ne datent pas d’hier ; elles remontent aux tranchées de Yorktown, à une époque où les États-Unis n’existaient même pas.

Or, les choses ont changé. Les données ne sont plus les mêmes. Il semblerait qu’une réelle opposition d’intérêts existe entre ces deux pays et ce plus particulièrement depuis l’élection de Jacques Chirac à la tête de la République.

La politique étrangère post-mitterrandienne de la France n’est plus celle qui consistait à placer les troupes françaises sous commandement américain à l’occasion de l’opération “Desert Storm”.

Aujourd’hui, la France cherche à se faire entendre à l’étranger, à se faire écouter, à se faire respecter. La France fait exploser des artifices nucléaires pour rappeler au monde, qui l’avait peut-être oublié, qu’elle est encore une puissance nucléaire tout en rappelant au passage aux français que le gaullisme est de retour.

Ceci ne semble pas plaire aux États-Unis qui depuis le début des années quatre-vingt font preuve d’une hégémonie incontestée sur l’échiquier diplomatique international.

Si la “guerre des étoiles” a réussi à amorcer l’éclatement de l’empire soviétique en réussissant à convaincre les autorités de ce pays de l’impossibilité matérielle et financière de suivre pas à pas les États-Unis dans cette course aux armements une nouvelle guerre, celle du pétrole, semble aujourd’hui être engagée, visant à établir une suzeraineté de facto des États-Unis sur l’Europe par le contrôle des gisements miniers d’hydrocarbures.

L’union européenne, en particulier la France, ne peut que difficilement s’opposer avec crédibilité à des textes américains susceptibles de nuire à leurs intérêts comme la loi dite d’Amato (voir LJA n° 355), alors qu’avec la guerre en ex-Yougoslavie, elle vient de démontrer son incompétence dans le maintien de la paix dans sa sphère naturelle d’influence.

Si cette loi n’avait pas ainsi été baptisée du nom de son initiateur, elle pourrait très bien s’appeler loi anti Total-CFP. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Cette loi ne vise en effet à sanctionner que les entreprises œuvrant en Iran et en Lybie dans le secteur pétrolier. Or l’unique société pétrolière internationale qui œuvre en Iran est Total, sur le site du gisement minier d’hydrocarbures offshore de Sirri.

Le débat sur des texte comme la loi d’Amato n’est pas tant une question de droit public international qu’une question de stratégie pétrolière.

S’il est vrai que jusqu’à la fin des années soixante-dix l’enjeu fondamental dans le domaine pétrolier était celui de son approvisionnement avec cinquante pour cent du pétrole du Golfe persique qui passait par le détroit d’Ormuz, la guerre Iran-Iraq a mis un terme à la prédominance des tankers en privilégiant le recours aux pipe-lines réduisant ainsi les risques d’une pénurie d’hydrocarbures du fait des difficultés d’approvisionnement.

Il n’est plus nécessaire pour les pays du golfe d’arborer sur leurs tankers le drapeau américain pour se protéger car l’armée américaine est présente sur place.

De plus, avec la surabondance du pétrole extrait stocke (“oil glut”) que l’on connaît aujourd’hui, quand bien même une source majeure de production cesserait de produite des hydrocarbures, le prix du baril brut n’est pas de nature a bouger. Ainsi, l’occupation militaire Koweit par l’Iraq n’a pas eu d’incidence sur le prix de baril, qui a même baissé aux pires moments du conflit à un moyen à la moment ou l’Arabie saoudite n’avait pas encore pourvu au remplacement de la production défaillante koweïtienne. L’enjeu pétrolier n’est plus celui de l’approvisionnement mais du contrôle des gisements.

Aujourd’hui les États Unis contrôlent directement ou indirectement les principaux gisements miniers d’hydrocarbures dans le monde. Qu’il s’agisse des gisements du Golfe persique, de l’Amérique latine, de l’Asie centrale, le désengagement de Total de la Russie et son remplacement par Chevron au Kazakhstan et du sud-est asiatique, les sociétés pétrolières américaines occupent une place qui est soit exclusive, soit dominante.

Ceci est vrai, exception faite des gisements de l’Iran et de l’Iraq. D’où la loi d’Amato, d’où le veto américain au sein du conseil de sécurité de l’ONU contre la proposition irakienne d’exporter du pétrole pour ravitailler le pays en produit alimentaire (“oil for food”) suivi par un nouveau raid militaire américain contre Bagdad.

Que se passera-t-il si les gisements iraniens et irakiens devaient perdre leur neutralité actuelle ? Sur quel gisement indépendant des États-Unis, la France et l’Europe peuvent-elles compter ?

L’enjeu est là.

* Maître de Conférence à l’Université François Rabelais de Tours, Docteur en droit, avocat au Barreau de Paris.

Découvrez LJA L' Annuaire

  • Se référencer dans l'Annuaire papier + web

    Offrez-vous une vitrine inédite et optimisez votre visibilité !

    Rejoignez la communauté LJA L'Annuaire !

    Se référencer
  • Abonnez-vous au flux RSS

    Pour ne rien manquer, recevez en temps réel, et gratuitement, les dernières actualités des cabinets référencés dans LJA L'Annuaire

    Découvrir
  • La Lettre des Juristes d'Affaires

    Chaque semaine, la Lettre fait un point complet des tendances du marché, suit avec précision les évolutions professionnelles des avocats et des juristes d’entreprise, décrit sans compromis les interventions ...

    Découvrir
Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format