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Justice, pouvoirs, médias, un triangle maudit

À l’occasion de la révélation de chaque nouveau « scandale politique, économique, financier », le mobile semble apparaître dans son éblouissante clarté : l’argent serait le moteur principal, pour ne pas dire unique, du système. Il paraît opportun de rappeler que lesdites « affaires » concernent quelques dizaines, voire quelques centaines d’élus, dans la perspective la plus pessimiste, face à plus de cinq cent mille édiles de tous niveaux, de toutes tendances partisanes.

Il convient donc, non pas de minimiser le fait délictueux, ni de l’excuser, ceci n’est pas mon propos, mais de le ramener à une plus juste proportion. Ainsi, une simple invitation peut aussi être interprétée moralement et pénalement selon une tentative de corruption active ou passive, ou un détournement de fonds publics.

L’entreprise à la coupe

Les relations du travail n’échappent pas à une suspicion, à la légitimité parfois douteuse. Elles semblent en apparence bien encadrées et régies par un ensemble de textes législatifs, eux-mêmes étayés par des jurisprudences. Qu’en est-il en réalité ?

La hiérarchie qui régit le fonctionnement de toute structure introduit ipso facto la notion de pouvoir, celle-ci débouchant inévitablement sur le concept d’enjeu de pouvoir ; dès lors, le salaire, contrepartie du travail fourni, ne constitue plus et de loin la seule motivation.

On peut se demander jusqu’à quel point les apparences, les « mondanités » ne tendent pas, petit à petit, à occulter, à supplanter les critères de jugement de l’efficacité opérationnelle des individus.

Dans la mesure où un individu réussit, au moyen d’artifices extra-professionnels, à imposer une image assez valorisée auprès d’instances de décision au sein d’une entreprise, pour qu’elle se concrétise par une progression dans l’échelle hiérarchique ou salariale, les critères de promotion et d’avancement se trouvent obéir à des règles totalement – ou, à tout le moins, largement – extérieures à la compétence professionnelle. Dans la mesure même où le jugement est influencé, modifié, biaisé par d’autres critères que ceux directement liés à la perception claire et objective d’une personne en tant que telle, et non de ce qu’elle prétend être, ou encore des signes révélateurs de son statut social, alors intervient une possibilité de corruption active et passive entre les deux protagonistes.

Les marques de prodigalité à l’endroit de nos contemporains ne sont, en définitive jamais désintéressées. Elles ne constituent, d’une certaine façon, que des moyens, des instruments au service de notre propre insertion sociale.

Engagement politique et idéal : le divorce

Historiquement, l’engagement, l’adhésion à un parti étaient dictés par une volonté authentique de défendre et promouvoir des convictions, même lorsqu’il advenait que celles-ci puissent se confondre avec la défense d’intérêts individuels ou, reconnaissons-le, le plus souvent collectifs.

Aujourd’hui, dans les faits, quels que soient les partis considérés, les fédérations offrent aux militants, sympathisants, électeurs citoyens le spectacle pitoyable de leurs querelles intestines. Lesquelles n’ont la plupart du temps d’autre objet que les rivalités d’individus au sujet de l’exercice de fonction de direction ou l’investiture à une élection.

C’est dire que l’étymologie même du mot « politique » est affectée ou plutôt infectée par le virus de la corruption, et ce, dès le premier stade de l’adhésion à un parti politique.

La corruption apparaît donc comme le corollaire en quelque sorte « naturel des enjeux qu’il suscite ».

Au cœur des « affaires » jetées en pâture au public des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, on trouve fréquemment un dénominateur commun : l’argent.

L’agent est en quelque sorte, le ressort, le carburant, le moteur d’une machine qui s’affole dont on découvre brutalement les mécanismes et dont en définitive tout le monde veut ses parts.

Au niveau des partis politiques, une longue période de quasi-silence de la loi sur leur financement, une législation imprécise relative à la passation des marchés publics, une inflation de moyens logistiques, notamment en termes de communication électorale, constituent sans aucun doute des explications, des malversations révélées régulièrement.

Les lois de décentralisation de 1982 et 1983 ne sont pas exemptes d’effets pervers, dans la mesure où une très large autonomie accordée aux collectivités territoriales a eu pour conséquence, dans un certain nombre de cas, de les transformer en domaines seigneuriaux au sein desquels les exécutifs se sont crus autorisés à gouverner selon leur bon plaisir, au gré de leurs caprices pharaoniques, ou de leurs besoins financiers.

Le quatrième pouvoir : l’arroseur… arrosé !

Dans le même ordre d’idées, le rôle naturel et démocratique de la presse est facilement faussé par les avantages en nature… ou en espèces dont peuvent bénéficier certains journalistes, aux frais des contribuables.

Les séjours et déplacements offerts à l’occasion de jumelages, voyages d’études, dîners succulents et autres villégiatures plus ou moins fantaisistes ont, à l’évidence, pour conséquence de s’attirer des commentaires favorables ou de s’assurer de la « loi du silence » – comment « cracher dans la soupe » après l’avoir absorbée, surtout si elle est savoureuse. En cas de publication de messages insuffisamment laudateurs, un confrère se fera un plaisir d’occuper la place du journaliste classé « persona non grata »… Ainsi s’auto-alimente le système…

Les magistrats – justiciers

On sait que les magistrats, fonctionnaires d’État, ne perçoivent pas un traitement leur permettant de s’enrichir : 16 000 francs bruts par mois en début de carrière, primes comprises, et une moyennant de 26 000 francs après douze années de services.

Les revenus sont sans commune mesure avec ceux, licites ou non, de « professionnels de la politique » ou de certains capitaines d’industrie – comment le juge d’instruction pourrait-il ne pas être pris de vertige devant le salaire mensuel d’un président directeur général qui atteint modestement un million de francs ? Hors frais bien entendu.

Ainsi, l’argent se trouve-t-il placé au cœur d’un dispositif en boucle, omniprésent au centre géométrique d’un cercle vicieux autour duquel gravitent les pouvoirs politiques, les médias auxquels les magistrats ont accepté de se lier avec la presse au détriment du secret.

Ils ont fait de « l’imprescriptibilité » de l’abus de bien social une arme inquisitoriale, ils ont transformé la détention provisoire en instrument destine à arracher l’aveu.

Les nouveaux « incorruptibles » voient des suspects, pour ne pas dire autre chose, partout. La présomption de culpabilité remplace trop souvent la présomption d’innocence. Ainsi les justiciers perdent le sens de l’équité. Quand cette sévérité envers les politiques devient une chasse aux politiques, il y a un dérapage. Il est vrai que la classe politique a perdu beaucoup de crédibilité. Elle est fragilisée devant l’opinion et en même temps les magistrats apparaissent – à travers toutes ces procédures – médiatisés comme des chevaliers blancs.

En fait, le juge doit être, est chargé d’appliquer la loi, un point c’est tout.

Des relations professionnelles

Chacun identifie clairement les attitudes ambivalentes et ambiguës des dirigeants politiques comme des magistrats, à l’endroit du « quatrième pouvoir », la presse. La plus petite esquisse de critique d’un texte législatif, d’une décision, d’un comportement des « princes qui nous gouvernent » est systématiquement suspectée d’idéologique, voire taxée « d’acharnement partisan ».

Les juges ont bien intégré, depuis une vingtaine d’années, la puissance des médias, notamment audiovisuels, et leur capacité à fabriquer un vedettariat dans des délais bien inférieurs et avec un résultat beaucoup plus spectaculaire que n’importe quelle autre technique de promotion personnelle.

A contrario, certains juges, après avoir sollicité, utilisé, abusé de la presse la vouent l’instant d’après aux gémonies. Ils « violent le secret de l’instruction ». Rappelons à ce propos que « l’article 11 du Code de procédure pénale l’impose aux juges, aux membres du parquet, aux officiers de police judiciaire, mais pas aux plaignants mis en examen ».

Il reste que le juge reprochera toujours au procureur sa liberté de la suite à donner aux affaires qui lui sont soumises, sa faculté de faire mener les enquêtes par d’autres instances, sa dépendance hiérarchique par rapport au pouvoir, au journaliste qu’il devrait cantonner à un rôle de haut-parleur, mobilisable et corvéable, en temps utile, mais dont le contact électrique devrait pouvoir être coupé lorsque certaines de ces déclarations n’abondent pas dans le sens de la fronde où de la sacro-sainte croisade pour l’indépendance…

Au commencement était l’image… qui donc osera devenir le premier iconoclaste ?

(*) Avocat à la Cour de Paris.

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