Menu
S'identifier

PATRICE REMBAUVILLE – NICOLLE Président de la commission communication du CNB

LJA – Dans son éditorial du n° 72 de la revue de l’ACE, Me Uettwiller souligne « la méconnaissance de l’institution CNB » et la faible participation des avocats à son élection, co ncluant par cette interrogation : « Peut-être (le CNB) doit-il mieux communiquer ? ». Partagez-vous ce constat et que proposez-vous pour y remédier ?

P.R.-N. – Jean-Jacques Uettwiller a raison. Nombreux sont ceux– y compris parmi les avocats – qui ignorent l’existence même du Conseil national des barreaux, et en tout cas, qui ne savent pas ce qu’on y fait. Sans parler de ceux qui confondent encore CNB et CNBF…

Je pense que si les avocats d’une part, et les pouvoirs publics, d’autre part, savaient et prenaient en compte que le CNB a pour vocation de représenter la profession, c’est-à-dire tous les avocats inscrits à un barreau français, et ce au-delà des ordres, des syndicats et de toutes les composantes de la profession – je pense notamment à l’ordre de Paris et à la Conférence des bâtonniers, qui y sont représentés –, l’action et la communication du Conseil gagneraient en efficacité.

Par conséquent, dès la première réunion de la commission dont j’ai été élu président, il a été décidé de distinguer la communication interne de la communication externe.

La communication interne est destinée aux avocats que nous représentons et qui doivent en prendre conscience. Cela suppose de les consulter sur les sujets sur lesquels nous travaillons, de les informer sur les résultats de nos travaux, sur les décisions prises en assemblée générale, dont certaines – il faut le savoir – peuvent avoir des conséquences sur leur exercice professionnel.

À cet égard, nous disposons de moyens simples : diffusion de plaquettes, de bulletins d’information et surtout des messages que nous envoyons par fax sous le titre « En direct », permettant une consultation et une information rapides. Bientôt, je l’espère, il y aura les échanges par e-mail. Aucun avocat ne devrait pouvoir prétendre qu’il ignore ce que fait le CNB et qu’il lui est impossible de donner son avis.

La communication externe s’adresse, elle, au public, c’est-à-dire les « usagers » du droit, les médias et les pouvoirs publics. En ce qui concerne les justiciables, le Barreau en général, les syndicats, les ordres et le CNB en particulier, n’ont jusqu’alors jamais bien communiqué : pas ou peu de publicité fonctionnelle faute de message clair et de budget sérieux. La commission a décidé d’y remédier, mais il serait prématuré d’en dire davantage.

S’agissant des médias, il faut bien entendu les distinguer. Chacun mérite un traitement adapté. Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire ! C’est relativement aisé en cas de crise – par exemple, l’émotion soudaine à propos des prisons. Cela devient plus complexe sur des sujets qui ne font pas l’actualité.

Toutefois, il ne suffit pas d’avoir matière à s’exprimer. Encore faut-il que le message ne soit pas brouillé, ce qui suppose notamment que les avocats – et, à mon sens, seul le CNB peut le faire, car c’est là sa vocation légale – parlent d’une seule voix. C’est un des objectifs prioritaires de la commission et c’est l’ambition du président Farthouat. Reste, d’une part, à convaincre, entre autres, la Conférence des bâtonniers et l’ordre de Paris et, d’autre part, à s’organiser, ce qui suppose une structure – la communication est un métier qui requiert l’intervention de professionnels – et un budget : un peu plus de 2,6 millions de francs en 1999 pour le barreau de Paris et seulement 923 000 francs pour le CNB…

Enfin, il y a la communication avec les pouvoirs publics qui n’est, à l’évidence, pas simple à mettre en œuvre, ne serait-ce que parce que la Chancellerie elle-même, depuis l’entrée en fonction du CNB, en 1992, a continué d’agir comme si le Conseil n’était pas la seule institution ayant reçu de la loi le droit et l’obligation de représenter toute la profession. Tant que les pouvoirs publics continueront à consulter à la fois ou successivement, sur tel ou tel sujet, le CNB, la Conférence des bâtonniers et le barreau de Paris, sans oublier parfois quelques « divas » du barreau français, les prises de position des avocats ne seront pas crédibles.

Il semble, en ce début de mandature, que la Conférence des bâtonniers et l’ordre de Paris aient l’intention, sinon encore de laisser au CNB toute la place qui lui revient, en tout cas de coopérer. C’est un progrès.

En toute hypothèse, le CNB, qui ne l’avait jusqu’alors pas fait, doit nouer des relations de travail régulières avec les pouvoirs publics.

Pas seulement avec la Chancellerie, mais aussi avec le gouvernement dans son ensemble et avec le Parlement, ce qui suppose de travailler en liaison avec les commissions des lois des deux chambres. Une des premières actions – symbolique mais nécessaire – de la commission sera ainsi d’organiser une rencontre (qui n’a jamais eu lieu !) de tous les membres du CNB (et eux seuls) avec les avocats parlementaires, que nous devons connaître et voir régulièrement si nous voulons que l’on tienne compte de nos avis et faire passer des amendements. Ce que fait parfois le barreau de Paris en son nom peut et doit être fait par le CNB au nom de toute la profession.

Le CNB doit aussi communiquer avec les corps constitués, avec un certain nombre d’organisations internationales… Une communication efficace du CNB passe par sa participation à la composition de l’antenne du barreau français à Bruxelles et implique aussi, autre exemple significatif, que la délégation française au CCBE soit enfin une émanation du CNB, qui doit pouvoir en désigner les membres et le président.

LJA – À l’image de ce qui se passe dans la vie politique française, n’y aurait-il pas, chez les avocats, une crise de la représentation ? Peu d’électeurs… mais aussi peu de candidats.

P.R.-N. – Il y a sans aucun doute une crise de la représentation au sein de la profession. Elle résulte, selon moi, de plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’impression manifestement ressentie par beaucoup que les instances sont inaccessibles à ceux qui n’appartiennent pas au microcosme syndicalo-ordinal, qui cumule les mandats. Peut-on leur donner tout à fait tort ?

Ensuite – et c’est à certains égards plus inquiétant – une méconnaissance des instances professionnelles et de leur rôle réel, que je viens d’évoquer, à laquelle s’ajoute un doute sur la réalité et l’efficacité de leur travail. À cet égard, je crois que la formation professionnelle des futurs avocats au sein des CRFP devrait insister davantage sur les présentations des organes dirigeants de la profession. Je pense en effet que si les jeunes avocats avaient une meilleure connaissance de leur profession, ils s’intéresseraient davantage – comme électeurs, mais aussi comme candidats – aux élections professionnelles et, singulièrement, à celle du CNB, où il semble qu’ils aient très peu voté. Et ce alors que c’est leur avenir qui est en jeu, et non celui des caciques du barreau.

Je pense aussi qu’il conviendrait de revoir le système trop compliqué des élections du CNB. Il faudrait sans doute un renouvellement par tiers ou par moitié, selon un rythme à déterminer. Il faudrait peut-être revoir la distinction faite entre les collèges ordinaux et les collèges généraux et celle faite entre Paris et la province. Pourquoi pas un seul collège général, une vraie campagne électorale, de vrais programmes électoraux ?

LJA – Le fait que les ordres paraissent fermés – on parle souvent de cooptation – ne repousse-t-il pas des candidats potentiels ?

P.R.-N. – Sans doute avez-vous raison. Le problème, je crois, se pose différemment selon que le barreau est petit ou grand. Il y a une cooptation de notables dans les petits barreaux et une cooptation plus syndicale dans certains, pas tous, grands barreaux, notamment à Paris, bien qu’aux dernières élections les syndicats aient reculé.

Mais, il ne faut pas exagérer ce phénomène. Après tout, si ce sont toujours les mêmes avocats qui s’intéressent au fonctionnement de leur profession, ceux qui ne s’y intéressent pas et qui ne votent pas n’ont que ce qu’ils méritent ! À Paris, en 1996, nous étions un certain nombre d’avocats à ne pas être satisfaits de nos prétendus représentants. Nous avons constitué la liste Indépendants qui a obtenu 2 élus qui ont été réélus en 1999. Est-ce de la cooptation ?

LJA – Les avocats d’affaires en général, et ceux des firmes anglo-saxonnes en particulier, semblent particulièrement peu impliqués dans la vie professionnelle, à de rares exceptions près, dont vous faites partie. Qu’en pensez-vous ?

P.R.-N. – Suis-je un spécimen représentatif des avocats d’affaires ? Je l’ignore. En revanche, je suis certain que les avocats d’affaires et notamment ceux, français ou étrangers, qui sont membres des cabinets anglo-américains, ont eu tort si, comme je le crois et comme je le vérifierai, ils ne se sont pas sentis concernés par le CNB.

Je le répète : tous les avocats, et ceux là comme les autres – et sur certains sujets plus que d’autres – devraient se sentir concernés par ce qui se discute et se décide au CNB dès lors que, dans certains cas, leur exercice professionnel dépend des débats et des votes de l’assemblée générale chaque mois. À cet égard, il est intéressant de noter qu’en 1996, Juri-Avenir, composé d’avocats liés aux big five. a obtenu 2 élus dans le collège général de province, ce qui est beaucoup si l’on considère ce qu’ils représentent statistiquement. En 1999, Juri-Avenir compte à nouveau 2 élus dans le collège général de la circonscription nationale, mais la liste qui s’est présentée à Paris, qui était majoritairement composée de membres du cabinet Landwell, n’a eu aucun élu, ce qui signifie d’ailleurs que certains membres de ce cabinet ne sont pas allés voter ! Ce constat révèle qu’au plan national les big five sont à certains égard sur-représentés au CNB tandis qu’en ce qui concerne Paris, les partisans des mêmes big five n’ont pas fait l’effort de se mobiliser alors que le CNB, après le dépôt du rapport Nallet, va débattre à nouveau de la question et du sort des réseaux. J’observe par ailleurs que les avocats membres des cabinets anglo-américains installés à Paris, qui ne sont pas allés voter massivement, ont pris le risque – ils ne pouvaient pas prévoir que Juri-Avenir n’aurait pas d’élu – de permettre aux big five d’avoir au sein du CNB une influence à certains égard contraire à leurs intérêts. C’est assez inexplicable et j’en conclus que le seul remède consiste à faire savoir à tous les avocats – y compris à ceux qui se croient parfois plus puissants et mieux informés que d’autres… – à quoi sert le CNB. En d’autres termes, la commission du CNB ne manque pas de travail !

Reste à savoir si on lui donnera la liberté et les moyens d’agir…

Découvrez LJA L' Annuaire

  • Se référencer dans l'Annuaire papier + web

    Offrez-vous une vitrine inédite et optimisez votre visibilité !

    Rejoignez la communauté LJA L'Annuaire !

    Se référencer
  • Abonnez-vous au flux RSS

    Pour ne rien manquer, recevez en temps réel, et gratuitement, les dernières actualités des cabinets référencés dans LJA L'Annuaire

    Découvrir
  • La Lettre des Juristes d'Affaires

    Chaque semaine, la Lettre fait un point complet des tendances du marché, suit avec précision les évolutions professionnelles des avocats et des juristes d’entreprise, décrit sans compromis les interventions ...

    Découvrir
Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format