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RENCONTRE |

Stéphane Brabant

Avocat chez Herbert Smith depuis près de vingt ans, Stéphane Brabant y a développé la plus grosse équipe dédiée à l’Afrique de la place de Paris. Et depuis une dizaine d’années, il a fait du respect des droits humains sont cheval de bataille. Portrait.

Samedi matin, neuf heures quinze. Stéphane Brabant vient d’atterrir à Roissy. Le temps de prendre une douche et il saute dans un taxi. Quarante-cinq minutes plus tard, il attend sur le trottoir, avenue d’Iéna. Les locaux d’Herbert Smith sont déserts – ou presque, on entendra deux fois quelqu’un passer à pas feutrés dans le couloir. On annonce d’emblée qu’on va faire vite, gênée de le monopoliser ainsi un samedi matin à sa descente d’avion. « Ne vous en faites pas pour ça, dit-il. J’ai la chance d’avoir une femme très compréhensive. »

Le mercredi précédent, il était à la Maison du barreau de Paris pour une table ronde sur « l’entreprise et les droits humains ». Le lendemain, il partait pour New York pour une autre intervention, « Managing Risk in Africa », à la New York Society of Security Analysts (NYSSA). Avant de repartir à l’aéroport le soir même. Stéphane Brabant, responsable du groupe Afrique chez Herbert Smith, a du mal à tenir en place. C’est dans sa nature. Et depuis qu’il s’est mis en devoir de porter la bonne parole en matière de respect des droits humains, il répond présent chaque fois qu’une intervention sur le sujet est possible.

Sous une écharpe, ce samedi-là, on aperçoit une minerve. « Une douleur dans le dos », explique-t-il. Sans doute due à l’abus de BlackBerry. Douleur qui l’embête bien car elle va l’empêcher de participer à l’épreuve de concours complet d’équitation prévue le lendemain. « Vous savez que la France a été médaille d’or aux derniers Jeux olympiques ? » On hausse les épaules, gênée. «  Le concours complet, c’est fantastique, s’anime-t-il. Que vous soyez femme ou homme, que vous ayez sept ou soixante-dix-sept ans, il y a une place pour vous. » Lui-même a découvert le sport il y a à peine quelques années. « Je concours avec des enfants, mais je m’en fous complètement. C’est mon bonheur, vous ne pouvez pas imaginer ! »

AGITÉ DU BOCAL

Stéphane Brabant le reconnaît, il a gardé par bien des côtés « une âme d’enfant ». En atteste aussi la vitrine dans son bureau, qui abrite sa collection de modèles réduits de véhicules de transports de pétrole. Des dizaines de petites voitures et camions dénichés dans les brocantes au fil des ans. Né en 1956 dans la maison familiale de Marcq-en-Barœul, il a vécu une enfance confortable dans une famille traditionnelle de la bonne société du Nord, sur une belle propriété de sept hectares, entre un court de tennis et deux chevaux appartenant à un cousin. Le père, la mère et leurs sept enfants passent leurs vacances d’été au Touquet. Mais les jeunes n’ont pas pour autant «  la cuillère en argent dans la bouche, loin de là ». « J’ai toujours travaillé pendant les vacances », précise-t-il.

Son père, franco-américain, était négociant en coton. Et personne d’autre que Stéphane, dans la fratrie, ne choisira le droit. D’ailleurs, à première vue, le droit n’était pas fait pour lui. « Je suis un peu un agité du bocal, explique-t-il. Quand j’ai eu mon bac, ma mère m’a envoyé passer des tests pour vérifier quelle était la meilleure orientation pour moi et le droit figurait tout en bas des résultats. Ma mère m’a dit : tu ne vas pas arriver à te concentrer. » Mais rien à faire, l’envie est là. Alors Stéphane Brabant s’inscrit quand même. Il redouble la première année mais se reprend en mains la suivante, fréquente même assidûment le palais de justice. « À l’époque, j’avais peut-être plus dans l’idée de devenir avocat pénaliste, je regrette sans doute un peu de ne pas avoir été avocat plaidant, confie-t-il. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Dans les vingt années qui me restent – enfin, au moins vingt puisque j’ai soixante ans – il peut encore se passer des choses. »

UNE ÂME DE MÉDIATEUR

Une fois le diplôme de l’Institut d’études judiciaires et la maîtrise de droit obtenus à Lille, en 1979, c’est le service militaire. Stéphane Brabant lui préfère la coopération. Il n’a pas de piston mais, à force de persévérance, finit par être envoyé au Vanuatu, dans le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, en tant qu’attaché de Parquet. Il y sera même un temps, juste avant l’indépendance, procureur général, avant de redevenir procureur de la République. «  On faisait aussi ce qu’on appelle de la justice de brousse, raconte-t-il. On instruisait nous-mêmes nos dossiers. » Il sourit. «  Je classais presque tout. J’ai une âme de médiateur et j’ai toujours été contre la prison. La clé, pour moi, c’est l’éducation, l’éducation, l’éducation. »

En 1980, remplacé au Parquet par une magistrate australienne, il envisage un temps de partir aux États-Unis, le pays de son père. Mais opte finalement pour l’Australie, où il restera quatorze mois. Le temps d’obtenir un Graduate Diploma of International Law avec les honneurs. Parallèlement, pour gagner sa croûte, il donne des cours de français à l’Alliance française. Puis, de retour en France, il rejoint le Crédit du Nord en 1982. Pour goûter à la finance internationale. Mais avec toujours dans l’idée de devenir avocat. Deux ans plus tard, en 1984, il intègre Shearman & Sterling, en droit bancaire. Puis, l’année suivante, feu le cabinet new-yorkais Donovan, Leisure, Newton & Irvine. Sa longue histoire d’amour avec l’Afrique débute quatre ans plus tard lorsque PriceWaterhouseCoopers lui propose un poste chez Fidafrica au Gabon.

CONQUIS PAR L’AFRIQUE

« Cette année-là, je pouvais soit partir un an chez Donovan à New York, soit partir en Afrique. » L’intuition lui fait choisir l’Afrique. Et à peine installé, il plonge dans le bain. « Je n’avais jamais fait de droit pétrolier de ma vie, raconte-t-il, et au bout de deux jours, une société américaine est arrivée dans mon bureau pour me proposer de les assister sur un contrat pétrolier. » Bien sûr, Stéphane Brabant dit oui et se trouve bientôt, lors d’une réunion, face à Samuel Dossou-Aworet, alors directeur des hydrocarbures du Gabon. « Je m’en rappellerai toute ma vie : après la réunion, il m’a pris à part et discrètement m’a dit : revenez à 15 heures, je me propose de prendre un peu de temps pour vous expliquer la nature et le contenu d’un contrat pétrolier d’exploration et de partage de production. Et ce jour-là, au lieu de me mettre en difficulté, il a retourné un carton dans une pièce non encore emménagée pour s’en servir de table – son bureau était en travaux – puis il s’est assis sur un tabouret et m’a expliqué le plus simplement du monde et avec beaucoup de générosité la technique des contrats pétroliers. »

« En trente ans, je me suis aperçu que très souvent des investisseurs étaient déçus par l’Afrique parce qu’ils s’y rendaient sans rien en connaître, remarque l’avocat. C’est pour cela que je leur recommande de partir une première fois la valise vide de leurs principes et de leurs idées, pour la remplir ensuite de tout ce qu’ils peuvent apprendre sur place. » Dans cette optique, d’ailleurs, il s’est lancé chez Herbert Smith dans la création d’une African Business Academy destinée à former les investisseurs étrangers à l’environnement culturel, des affaires, institutionnel et juridique. Un enseignement dispensé essentiellement par des Africains. Mais au sein duquel Stéphane Brabant intervient aussi, bien entendu. Car Africain, après tout, il l’est lui-même un peu devenu. « C’est vrai que l’Afrique m’a tout simplement conquis. Quand je suis arrivé au Gabon, j’étais bien, tout simplement bien. Un jour, un chef d’État m’a dit : Stéphane, tu as l’âme africaine, d’où vient-elle ? » L’âme africaine ? Une âme généreuse et souriante, selon lui. « En Afrique, même s’il y a des défis, il y a beaucoup de joie, beaucoup d’espérance. L’Africain n’est pas rancunier, dit-il, sa maison est ouverte. Mais gagner sa confiance est quelque chose qui se mérite. »

Après sept années «  fantastiques » passées au Gabon et à sillonner le continent, Stéphane Brabant rentre en France et rejoint finalement Herbert Smith avec une équipe de cinq personnes en 1998, pour y développer les activités énergie et ressources naturelles en Afrique. Vingt ans plus tard, l’équipe est la plus grosse dans son domaine sur la place de Paris. Stéphane Brabant n’en est pas peu fier. « Au début, quand je suis parti au Gabon, les gens me disaient : qu’est-ce que tu vas foutre là-bas. Personne ne croyait à l’Afrique. On parlait de “fusions tam-tam”, vous voyez le genre. Et regardez aujourd’hui… » Une réussite qu’il attribue à ces « concours de circonstances » qu’il a su saisir au fil de sa vie. « J’avais à Lille un professeur que j’estimais beaucoup, Bernard Soinne, qui un jour m’a dit :Les concours de circonstances sont les concours les plus difficiles à passer”. » Il marque une pause. « Les concours de circonstances, ce ne sont pas des hasards, il faut les saisir parce qu’ils correspondent à ce que l’on est. »

VISIONNAIRE

Poussé par ses convictions, par l’intuition et par d’autres concours de circonstances, Stéphane Brabant s’est beaucoup investi ces dernières années sur le respect des droits humains par les entreprises. Il a notamment été sollicité en 2006 par John Ruggie, professeur à Harvard, à qui Kofi Annan a confié le pilotage du groupe de travail chargé de la rédaction des Principes directeurs des Nations unies sur le respect des droits de l’Homme par les entreprises. « Peu d’avocats à l’époque montraient à la fois un intérêt pour le droit des affaires et les droits humains, remarque John Ruggie. Nous avons beaucoup appris de lui. » Encore aujourd’hui, tous les deux échangent par e-mail très régulièrement. En octobre 2015, sous l’impulsion de Stéphane Brabant, John Ruggie et Kofi Annan ont accepté d’intervenir conjointement sur ce thème à la conférence annuelle de l’International Bar Association.

« Stéphane est une personne très visionnaire, remarque Elsa Savourey, l’une de ses collaboratrices, dont le travail est entièrement dédié aux droits humains au sein du cabinet. Il a saisi l’importance que cette problématique allait prendre bien avant que cela ne devienne une évidence. » Et depuis, armé de son bâton de pèlerin, Stéphane Brabant s’acharne à « diffuser la bonne parole » partout où il le peut. « Mon travail est de sensibiliser sur un changement d’état d’esprit, dit-il. Imaginons un monde où toutes les entreprises, petites ou grandes, auraient pour l’objectif de faire en sorte que quoi qu’elles entreprennent, cela n’ait pas d’impact sur les droits fondamentaux. » L’avocat William Bourdon, qui le connaît depuis quelques années maintenant, salue « une personnalité rare, car dans le monde des affaires, concilier ainsi un grand professionnalisme avec beaucoup d’humanisme n’est pas si fréquent ». À la coercition, Stéphane Brabant préfère le dialogue et l’information. «  Je suis prudent sur la nature humaine, glisse-t-il, mais confiant dans la capacité de l’homme à faire le bien. »

CV

1956 : naissance à Marcq-en-Barœul

1979 : maîtrise de droit

1981 : Graduate Diploma of International Law, Australian National University, Canberra

1988 : départ au Gabon pour Fidafrica

1998 : rejoint Herbert Smith

2006 : participe à la réflexion sur les Principes directeurs des Nations Unies sur le respect des droits de l’Homme par les entreprises

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